L’impact de la sécheresse et de la canicule sur les filières bio d’Occitanie : premiers constats

Cet été 2026, les filières agricoles d’Occitanie ont fortement été impactées par plusieurs épisodes de canicule et de sécheresse d’une intensité exceptionnelle ainsi que par des incendies. Les membres d’Interbio Occitanie ont dressé un premier bilan qualitatif et encore partiel des conséquences (certaines étant encore à venir). Ocebio a pu y participer à travers une enquête auprès des acteurs de l’aval.

Impact sur la production agricole

Au-delà de la contrainte hydrique, le stress thermique a eu des impacts importants tant sur les animaux que sur les plantes. Le matériel agricole a aussi été touché (impact sur l’usure notamment pour l’irrigation). Enfin ce sont surtout les femmes et les hommes qui ont souffert : travail supplémentaire, horaires décalés, fatigue due à la chaleur. On note un découragement global et une augmentation des cessations d’activité, surtout que certaines conséquences importantes sont encore à venir (baisse de fertilité des animaux, retard sur la mise en place des cultures d’automne, manque de fourrage pour cet hiver…).

La plupart de ces constats ne sont pas spécifiques à la filière biologique à ce stade.

  • Au niveau de l’élevage bio : la sécheresse a entrainé une demande précoce et accrue en fourrage alors que les récoltes sont en nette baisse, entrainant une augmentation des prix. Les estives ont également été touchées : descentes précoces, ravitaillement en eau des animaux et du personnel (frais supplémentaires). Le stress thermique et la diminution des rations énergétiques risquent d’avoir un impact sur la fertilité des animaux. La production laitière a diminué de 10 à 20%, voire s’est interrompue de manière trop précoce chez les brebis. A noter que l’INAO a ouvert des dérogations exceptionnelles pour l’achat de fourrage, mesure qui était attendue par les éleveurs dans le contexte de tension sur les fourrages.
  • Au niveau des grandes cultures bio : la baisse est d’environ 10-15% par rapport au prévisionnel, la qualité reste correcte. Certains légumes secs ont été plus impactés, avec des variations selon les zones : le pois chiche (plus petits grains, jusqu’à 40% de rendement en moins), le lin (diminution des rendements de moitié), les lentilles (variable). On attend également des baisses sur les cultures récoltées en automne : le tournesol, le soja et le maïs (impact le plus fort cette année).
  • Au niveau des fruits et légumes bio : on note une diminution de la production importante et un impact sur la qualité (couleur, taille…) du à la chaleur. L’impact a été un peu plus fort sur les producteurs bio car ils sont très dépendants des cultures d’été. Dans les Pyrénées Orientales, les feux ont empêché certaines récoltes. La saison des légumes d’été se termine beaucoup trop tôt.
  • Au niveau des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) : certaines plantes n’ont pas pu être récoltées entrainant des ruptures chez les transformateurs.
  • Au niveau de l’apiculture : les miellées de lavande et tournesol ont été catastrophiques dans la plupart des secteurs occitans. La sècheresse a induit des nourrissements plus précoces et la chaleur entraine parfois des fontes de cire sur les modèles de ruche les plus vulnérables. Les réflexions sur les apports en eau au rucher et l’isolation thermique des ruches se font plus nombreuses. Des frais supplémentaires seront à prévoir pour nourrir les abeilles en attendant les miellées d’automne.
  • Au niveau de la viticulture : on observe une forte hétérogénéité entre les types de cépages (précoces favorisés) et les types de sols (les sols profonds ont stocké l’eau de l’hiver et du printemps). Il est encore tôt pour avoir une analyse précise de la situation.

Impact sur l’aval des filières

A l’aval des filières bio, la baisse de la production agricole a entrainé des problèmes d’approvisionnement chez les fournisseurs et une baisse de la qualité. Certains produits, notamment les fruits et légumes ont été en rupture et les entreprises sont inquiètes sur les ruptures encore à venir sur la fin de l’année. Globalement les entreprises redoutent un assez fort impact sur les prix.

Les effets de la canicule se sont aussi fait ressentir à d’autres niveaux :

  • Impact sur les travailleurs : certains bâtiment se sont révélés inadaptés aux fortes chaleurs, le travail a parfois été difficile voire impossible. Pour s’adapter les entreprises ont dû aménager leurs horaires et passer à la journée continue (6-13h). Certaines entreprises prévoient des travaux pour mieux isoler leurs bâtiments.
  • Impact sur les outils de production : les entreprises déclarent des pannes plus fréquentes dues à la chaleur et à la surutilisation des groupes frigorifiques et des climatiseurs. Il a été nécessaire de renforcer la surveillance et la maintenance des outils et parfois de prioriser certaines zones plus sensibles à réfrigérer.
  • Impact sur la consommation : du fait de la chaleur, certains produits ont été moins consommés, moins demandés.

A l’heure actuelle les solutions sont limitées, les inquiétudes sont fortes de l’amont à l’aval. Et les conséquences risquent de se voir encore dans la durée, cet automne puis cet hiver. Des dérogations ont été accordées par l’INAO. Le 4 septembre le Gouvernement a annoncé avoir débloqué 1 milliard d’euros d’aides d’urgence aux agriculteurs, dont les modalités sont à venir : pour en savoir plus.